16/02/2012

30 ans de Turbulences


En 1982, Diane Dufresne se trouvait au sommet de son succès populaire des deux côtés de l'Atlantique et son premier album depuis l'énorme succès de Striptease était très attendu. Enregistré entre Montréal et New York puis mixé à Los Angeles, Turbulences sortait il y a exactement 30 ans, soit le 16 février 1982. Une occasion en or de revisiter cet album incontournable de la discographie de Diane Dufresne.

(Photo: Jean-Claude Deutsch / Paris-Match)

Turbulences, à plus d'un égard, porte parfaitement son titre. D'abord, pour ce qu'il est: un voyage inconfortable dans les désordres modernes d'une femme qui traverse une mauvaise passe. Ou plus simplement, pour citer le gros titre du Devoir de l'époque: "Diane Dufresne en enfer". L'album s'ouvre sur la réflexion qu'elle se fait après sa propre mort et se termine par un suicide artistique. La mort domine (quand elle ne vole pas les derniers moments de lucidité de la grand-mère de La dernière enfance) et la vie brise les rêves de ses protagonistes (le vieux saxophoniste cubain qui se rappelle une gloire ensoleillée et la star partie pour la gloire qui souhaite fuir les spotlights pour la lumière du jour).

Le titre souligne également l'éclectisme musical de l'ensemble: Diane y épouse tous les genres, du rock à la ballade grand public, et fait ses premières incursions dans la musique new-wave, dont les sonorités commencent à s'imposer dans la culture populaire. Un éclectisme également souligné par le choix de textes: Plamondon en est le principal auteur, mais Diane s'ouvre à d'autres univers, et pas n'importe lesquels: ceux de Jonasz et Gainsbourg.

Et que dire de cette pochette turbulente, on ne peut plus années 80, dont la symbolique demeure aujourd'hui très mystérieuse et plutôt difficile à décoder...


Turbulences (Kébec-Disc KD 532 / RCA Victor TPL 37610)

A1 - Seule dans mon linceul

 (Pantin, 24 mars 1982)

"Seule, je suis seule, enfin seule..."  La solitude est un thème récurrent sur le disque, mais sur la chanson d'ouverture, elle est totale. La protagoniste a rendu l'âme et cette âme plane, observant au passage son ancien amoureux qui tente de refaire sa vie.
"Seule dans mon linceul" aura également l'honneur d'ouvrir deux shows-événements de Diane. D'abord, le méga show de Pantin, où Diane arrivera dans un cerceuil de verre, sa collerette multi-faces lui donnant plutôt l'air d'une vampire que d'une Dame de coeur. Et ensuite, Halloween, où Diane sortira d'une citrouille géante, métamorphosée en sorcière. On ne l'entendra plus jusqu'en 2001, où elle sera enfin dépoussiérée au Bal des Vampires.

A2 -  La dernière enfance

(Top Secret, septembre 1986)

Le premier single de Turbulences connaîtra un joli succès au Québec: il restera 19 semaines au palmarès et en atteindra la première place le 3 avril 1982. Peu surprenant, étant donné la mélodie irrésistible de la chanson. Sous un vernis électropop, le texte cache un terrible malheur: la perte de mémoire et d'autonomie. "La dernière enfance" permettra à Diane de créer des moments très forts sur scène. Qui peut oublier l'incroyable théâtre de marionnettes de Top Secret? Un époustoufflant moment de comi-tragédie.

A3 - Turbulences

(Photo: Pierre Dury)

La chanson-titre de l'album fera curieusement partie de celles qui passeront le plus inaperçues: Turbulences ne sera jamais ré-interprétée sur scène après la période d'exploitation de l'album. Dommage, car l'interprétation des deux rôles (la patiente et la psychiatre) devait prendre tout son sens sur scène et donner beaucoup de mordant à l'humour désespéré de la chanson.

A4 - Samedi soir


Ci-dessus, un passage de Diane à l'émission "Champs Elysées" du 27 mars 1982. Il s'agit d'une des rares fois (sinon l'unique) où elle aura offert une prestation de "Samedi soir"...mais quelle prestation! "Samedi soir", aux sonorités disco, n'aurait pas détonné sur l'album "Strip-tease", lancé 3 ans auparavant. La chanson, écrite par Luc Plamondon et mise en musique par Jacques Blais, raconte les désillusions d'une femme qui va "cruiser comme les hommes" seule dans les bars. Au final, elle fait même un clin d'oeil au premier gros hit de Diane "J'ai rencontré l'homme de ma vie".

A5 - Le vieux saxophoniste

(Hollywood, 28 octobre 1982)

Sur une mélodie plutôt joyeuse, la chanson raconte la déchéance d'un musicien dont le destin lui a fait "manquer le bateau". La chanson prendra vie sur scène lors d'un beau moment de complicité entre Diane et son saxophoniste lors du spectacle Hollywood.

B1 - Oxygène

(Symphonique n'Roll, 25 mars 1988)

Un classique qui n'a plus besoin de présentation!

B2 - Pour un ami condamné

(Magie Rose, 16 août 1984)

Écrite en hommage à son ami Claude Dubois (alors incarcéré pour possession et trafic de drogues), la chanson touche surtout à l'universel en rappelant l'importance des poètes et des artistes dans nos vies. "Dans Pour un ami condamné, ode à la liberté, elle ressort sa belle voix romantique du dimanche, la voix lumineuse de Ne tuez pas la beauté du monde ou encore celle de Laissez passer les clowns." (Nathalie Petrowski, Le Devoir, 27 février 1982)
Ci-dessus, un extrait de Magie Rose où Jacques Higelin interprète la chanson avec Diane. Un extrait mystérieusement tronqué du DVD officiel paru en 2004.

B3 - Good-bye Rocky


Cette "épitaffe pour un toffe" fut la première chanson retenue pour promouvoir l'album en France. Elle sera même retenue lors des spectacles au Cirque d'Hiver pour Dioxine de Carbone. "Good-bye Rocky" ne sortira pas au Québec et le fait qu'elle ne soit jamais ré-éditée par la suite ne contribuera pas à la sortir de l'ombre. Suite textuelle logique de "Rock pour un gars d'bicyc'", ses thèmes ne sont pas nouveaux, mais ses arrangements rock "old school" sont assez différents de ce que Diane avait fait par le passé et sont sans doute ceux qui rappellent le plus qu'une partie de l'album fut réalisée aux Etats-Unis.

B4 - Partir pour la gloire

(Bouffes du Nord, novembre 2008)

Un des derniers bijoux de Luc Plamondon offerts à Diane et celui qui lui ira encore mieux des années plus tard, lorsqu'elle retrouvera la chanson pour Plurielle et sa tournée Effusions en France. Ci-dessus, une vidéo amateur enregistrée aux Bouffes du Nord en novembre 2008.

B5 - La toune qui groove 



"Une chanson un petit peu légère" comme le résume Michel Jonasz pour "Folie Douce" en 2004, mais quand même importante car elle marque l'arrivée de Jonasz dans l'univers Dufresne. Il lui écrira rapidement "J'vieillis" qu'elle n'osera pas chanter avant 1993. Entre temps, elle reprendra deux de ses chansons en guise de clôture de deux de ses shows les plus importants: "J'veux pas que tu t'en ailles" (pour Halloween) et "Je voulais te dire que je t'attends" (pour Magie Rose). Plus récemment, une autre reprise de Jonasz, "Changez tout", servait de message final à Sinéquanone.

B6 - Suicide


Coup de génie de Gainsbourg, il est étonnant que Suicide n'ait jamais connu de sortie officielle. La chanson trouvera néanmoins sa place en face B de l'insolite 45-tours promotionnel de "Good-bye Rocky" servant à la promotion de la RATP (la régie autonome des transports parisiens) et deviendra évidemment culte avec les années.

Turbulences n'a toujours pas eu droit à une ré-édition digitale, mais au fil des années, plusieurs de ses pièces se sont éparpillées sur diverses compilations. Sur les 11 chansons de l'album, 6 se sont retrouvées sur la première anthologie CD de Diane, parue en 1991. Plus récemment, "La dernière enfance" et "Oxygène" ont été retenues par Luc Plamondon sur son anthologie de 2010, "J'aurais voulu être un artiste". Les 5 autres n'ont (à ce jour) jamais quitté leurs sillons de vinyle...

10/02/2012

Grande(s) Dame(s)



Le 30 septembre 1982, Diane Dufresne donne une conférence de presse pour annoncer son retour au Forum de Montréal avec Hollywood / Halloween (Dame de coeur / Dame de pique). Les billets pour ces deux shows légendaires sont mis en vente le 4 octobre au coût de 10 à 15$ chacun, mais la modique somme de 26$ permet d'assister aux deux shows.

Selon le magazine Billboard du 20 novembre 1982, les 24 071 billets vendus auront permis à Diane de se retrouver en 2e place des meilleures ventes de spectacle de toute l'Amérique du Nord cette semaine-là!

03/02/2012

Jolie Diane

 (Photo: Christine Brossart / Elle France)

En 1980, Diane Dufresne participe à "Émilie Jolie", le conte musical de Philippe Chatel. Elle enregistre "La chanson de l'autruche", interprétée à l'origine par Sylvie Vartan, pour l'adaptation télévisée de Jean-Christophe Averty que diffuse Antenne 2 en décembre. A quoi ressemblait cette adaptation? Malgré son statut culte, il n'y en a curieusement aucune trace en ligne. Heureusement, la version CD parue en 1995 nous permet de ré-entendre cette rareté du répertoire de Diane:

28/01/2012

À la Maison Neuve


Ci-dessus, l'étonnant encart publicitaire annonçant le spectacle Sans entr'acte. Étonnant, car le concept ne présente pas encore la fameuse Diane chasseresse qu'on retrouvera sur l'affiche, mais plutôt une oeuvre graphique assez ambitieuse rappellant la couverture du livre de Christine L'Heureux publié aux éditions L'Aurore en début d'année. Il est également étonnant de lire que Diane donnait non pas une, mais deux représentations de Sans entr'acte le samedi, à 18h30 et 22h. Quand on sait à quel point l'expérience fut difficile pour elle, on ne peut qu'applaudir sa détermination!

Une expérience qui sera également exigeante pour le public, pensant retrouver la Diane épanouïe de Mon premier show. "Est-ce aussi cette sorte d'agressivité et cette absence de tendresse qui provoquent ce malaise indéfinissable que nous éprouvons à la fin du spectacle? Je ne sais pas. Peut-être." ("Diane Dufresne: un show en montagne russes", Pascale Perrault, Le Journal de Montréal, 2 avril 1977)

Pourtant, Sans entr'acte ne semble pas avoir manqué de beaux moments de poésie, comme cet hommage à sa mère pendant Hollywood Freak, où une photo géante de Madame Dumas illuminait la scène. Ou encore cette magnifique transformation de Diane en clown, exorcisant les douleurs du public:

22/01/2012

Kébec à Paris


Ci-dessus, Diane Dufresne interprétant "Chanson pour Elvis" à la télévision française. Cette prestation fut diffusée le 21 décembre 1975, soit deux jours avant sa série de spectacles au Théâtre de Chaillot de Paris.  

Du 23 décembre au 1er janvier, elle participe à "Kébec à Paris"  qui réunit sous une même affiche Louise Forestier, André Gagnon et Jean Carignan. Comme son nom l'indique, le spectacle vise à faire rayonner le showbizz québécois à Paris. Il donne une place de choix à Diane dont le Premier Show assure l'intégralité de la deuxième partie du spectacle. Après des débuts chaotiques à l'Olympia, son talent commence enfin à être reconnu. "Diane qui ne fut au début qu’une extravagante un peu provocatrice. Qui est devenue une impressionnante bête de scène. Son évolution s'est faite dans le sens de la qualité: elle a pris au rock ce qu’il avait d’authentique, et du Québec elle a gardé la langue qui enracine. Après elle, l’inconnu. Après elle, le Québec futur." ("Viva Kébec", L'unité, 26 décembre 1975)

16/01/2012

Quand je ferai mon Premier show...




Ci-dessus, trois photos de Diane Dufresne en entrevue quelques semaines avant son Premier show. Elle n'a pas donné de spectacles depuis plusieurs mois et revient de Californie la tête pleine d'idées, promettant d'en mettre plein la vue et de revisiter tout son répertoire (sauf l'Opéra-Cirque, qui sera écarté.) "Il faut que ça rutile, que ça scintille, que ça brille sur scène. Au Théâtre Maisonneuve, du 4 au 12 novembre, ça va éclater.  Une femme artiste a le choix de donner sa vie à un homme ou à la foule. Moi, j'ai choisi la foule....Mon public de la Place des Arts, je le ferai rire!" ("Diane Dufresne ou les mémoires d'une ex-jeune fille rangée", Mireille Lemelin, Photo-Journal, 19 octobre 1975)

10/01/2012

Wilfrid-Pelletier, 1974


Du 10 au 13 janvier 1974, Diane Dufresne donne une série de spectacles à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts de Montréal. Si elle a subi les fans coincés de Julien Clerc à l'Olympia de Paris à peine quelques semaines plus tôt, cette fois-ci, pas de doute: son vrai public l'attend. "Je n'ai jamais vu (ou plutôt entendu) une telle ovation avant même qu'elle entre en scène. Une véritable folie! Le public est très jeune (entre douze et seize ans), mais il crie..." (Carmen Montessuit, "Où pourra-t-elle aller plus loin", Photo-Journal, 21 au 27 janvier 1974)

Aujourd'hui, de cette série de spectacles, on mentionne surtout que l'Opéra-Cirque s'y trouvait en intégralité, en deuxième partie, mais il semblerait que la première partie n'avait rien à lui envier, en électricité et en flamboyance. Diane apparaîtra sur scène au son de "A part de d'ça", moulée dans une tenue lacée en cuir très décolletée créée par Mario Dinardo. Le clou de ce premier tableau sera un Rock pour un gars de bicyc' très survolté. Gaëtan Racine, dans son livre publié en 1984, raconte: "Quand la chanson se terminait dans une interprétation à la limite de l'hystérie, au moment de "J'veux qu'y m'passe sur l'corps avec son bicyc", un véritable bicycle à gaz surgissait à toute vitesse des coulisses et traversait la scène dans un bruit, une fumée et des éclairs lumineux d'enfer." (Les éditions Quebecor, ISBN 2-89089-283-2)



Pour son dernier tableau avant l'Opéra-Cirque, Diane change de costume et éblouit le public avec une autre tenue surréaliste de Dinardo qui lui donne des airs d'ange spatial. Elle interprète entre autres La chanteuse straight, Tu m'fais flipper (alors inédite), avant de disparaître avec J'me sens ben.

La deuxième partie sera difficile à digérer pour plusieurs, mais le double-spectacle aura définitivement assis la réputation de bête de scène de Diane. "Le mieux rodé qu'elle ait offert, son spectacle a soulevé sans conteste l'enthousiasme d'un auditoire qui se muait ainsi pour elle, du parterre à la corbeille et au-delà, en jardins suspendus." (Gisèle Tremblay, Le Devoir, 12 janvier 1974)


Ci-dessus, des captures d'écran de courts extraits du spectacle diffusés le 17 septembre 2011 par Radio-Canada lors de l'émission spéciale "Le show-business québécois: du big bang à aujourd'hui" qui rendait hommage au producteur Jean Bissonnette. Une captation (brève ou intégrale) dormirait donc quelque part...

02/01/2012

Bye Bye 2011


Si Diane Dufresne ne nous aura offert aucune nouvelle parution en 2011, elle aura multiplié ses apparitions. Prestations, télévisions, expositions...Souvent avec surprise: nous avons été très nombreux à avoir raté son Merci au téléthon Opération Enfant Soleil et trop peu à l'avoir vue au vernissage de Dominic Besner. Souvent là où on ne l'attend pas, mais toujours marquante, elle nous a offert plusieurs beaux moments en 2011.
Et vous, chers lecteurs, quel a été votre moment Dufresnesque préféré de l'année?