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12/11/2011

Follement vôtre

(Photos de l'article: Radio-Canada)

Le 9 février 1986, juste avant la St-Valentin, Diane Dufresne donne un rendez-vous d'amour à son public. Elle conçoit et écrit "Follement vôtre", un spécial télévisé d'une heure pour Radio-Canada. Chaque chanson du disque du même nom (lancé le lendemain de la diffusion) a droit à un vidéoclip.

Dans les notes du DVD paru en 2005, Johanne Larue souligne que "Follement vôtre" fait le pont entre "Magie Rose" et "Top Secret". Il est vrai que visuellement et musicalement, il possède la fantaisie du premier et l'aspect théâtral, plus interprété, du deuxième. Et surtout, il s'agit d'une période de transition, car Diane se trouve alors entre deux auteurs, ayant rompu avec Plamondon. Elle décide donc de rassembler une collection de chansons d'amour immortelles, auxquelles elle rajoute de nouveaux classiques comme "Les dessous chics" de Gainsbourg et "Ils s'aiment" de Lavoie. Elle endisque enfin "Somewhere over the rainbow" et "La vie en rose", dont les interprétations en spectacle avaient laissé un souvenir inoubliable dans le coeur du public. Elle ose également visiter un nouvel univers en endisquant sa première chanson d'opéra, " Adio del passato" de Verdi. Et fidèle à sa capacité d'aller de l'avant, elle ouvre une porte: la nouvelle chanson "J'tombe amoureuse", de Pierre Grosz, annonce les couleurs de la prochaine étape de son répertoire. 

Le spécial télévisé réalisé par Jean-Jacques Sheitoyan et coordonné par deux fidèles collaborateurs de Diane, Mouffe et Jean Bissonnette, marque également le début d'une collaboration avec le créateur de mode Michel Robidas, qui créera par la suite quelques-uns de ses costumes les plus spectaculaires. Pour "Follement vôtre", il lui offrira des robes de star et d'héroïnes d'épopées hollywoodiennes, aux détails finement étudiés. Des costumes démesurés qui prendront toute la place au milieu de décors plutôt minimalistes (quand ils ne deviendront pas carrément des éléments de décor, comme la robe-drap de satin de "La vie en rose".)

En supplément du DVD, Diane raconte que "tout n'était pas toujours au point. Il faut savoir qu'on n'avait pas non plus des mois, des mois et des mois de montage. C'était presque de l'instantané. (...) Le montage se faisait assez vite." S'il est vrai que le résultat n'est pas sans défaut et que son imagerie kitsch n'a pas toujours bien vieilli, reste qu'il est difficile de comprendre pourquoi les critiques se sont tant acharnées sur ce rendez-vous d'amour. "Dufresne: follement amoureuse...d'elle-même", sera entre autres le sympathique titre de Nathalie Petrowski pour le journal Le Devoir...Heureusement, le travail de Diane et de son équipe sera récompensé, remportant en juin de la même année le premier prix de la catégorie "Présentation spéciale" du Festival de la télévision de Banff.

Ci-dessus, un extrait du spécial télévisé: Survoltée, l'une des deux seules chansons de Plamondon retenues (l'autre étant Oxygène):

29/06/2011

Initials D.D.

  DD & SG en 1982, lors du tournage de "Enquête sur une vie d'artiste"

Deux géants qui partagent un goût de la provocation et une envie de faire sortir la chanson française de son cadre...Deux âmes qui devaient se rencontrer et travailler ensemble: Diane Dufresne et Serge Gainsbourg, une voix et une écriture atypiques, deux artistes de génie.

En 1982, Gainsbourg lui écrit un texte très violent au titre original de "L'ombre des stars", où une star finit par être lynchée par son public. Dufresne pousse la provocation encore plus loin en lui demandant de l'écrire au "je"...et la chanson se retrouvera sur Turbulences, sous le nom de Suicide.


Les arrangements de Claude Engel se rapprochent davantage de Love on the beat, que de Mauvaises nouvelles des étoiles, le précédent album de Gainsbourg, et donnent à Turbulences un son lourd et très différent des autres chansons qui y figurent.  Malgré un humour on ne peut plus acide, Suicide est une des chansons les plus sombres de Diane Dufresne. Comme si le texte n'était pas assez effrayant, les cris qu'elle pousse à la fin de la chanson glacent le sang!

En 1982, un téléfilm sur Gainsbourg réalisé par Pierre Desfons est diffusé sur Antenne 2. Intitulé "Enquête sur une vie d'artiste", ce portrait mi-documentaire, mi-fiction, met en scène un enquêteur (Gérard Lanvin) sur les traces du parcours de Gainsbarre, avec au détour, extraits d'archives et caméos de son entourage. Diane y apparaît et évidemment, interprète Suicide.

"Avec elle, ça s’est fait en moins d’une journée. Elle était très drôle, vraiment excentrique, comme elle pouvait l’être à l’époque. Elle était venue avec plusieurs personnes comme elle, un peu « jetées », mais elle faisait tout ce qu’on lui demandait sans aucun problème, et elle n'a rien remis en cause, vu que c'était Serge..." (Pierre Desfons, interviewé par le site "Tête de chou", octobre 2008)


Plus tard dans l'année, son interprétation sur scène lors du spectacle Halloween, où elle se débat dans une toile d'araignée, marque à jamais les spectateurs ayant eu la chance d'assister à ce délire cauchemardesque. Diane ne réinterprètera Suicide qu'en 2001...pour l'Halloween, à son Bal des vampires.

En 1986, Diane retrouve l'univers de Gainsbourg le temps d'une reprise: Les dessous chics, pour son spécial télévisé (et disque du même nom) Follement vôtre. Les arrangements musicaux ne sont pas si différents de la version originale de Jane Birkin, mais ils ajoutent un côté froid et un peu malsain au texte troublant de Gainsbourg.

DD dans son vidéoclip pour Les dessous chics

Alors qu'on la croyait rangée dans le tiroir des chansons jamais interprétées sur scène, Diane la chante en 2006 pendant sa tournée Plurielle, dans des arrangements plus dépouillés qui font ressortir son interprétation, encore plus troublante qu'à l'époque. Elle l'intégrera également à la setlist de ses spectacles en France pour Effusions, en 2008, seule avec le pianiste Gérard Daguerre.

Ci-dessous, un enregistrement amateur, mais qui ne diminue en rien l'intensité de l'interprétation de Diane:


Une troisième chanson de Gainsbourg se greffe au répertoire de Diane en 2001: La Javanaise, qu'elle interprètera à deux reprises avec Juliette Gréco.

"Quand j’étais jeune, je me disais : "j’existerai en tant que chanteuse quand Juliette Gréco aura vu mon show"… Quand j’ai fait Réservé à Ramatuelle…je vois dans la première rangée en avant, en plein centre, Juliette Gréco. J’ai été tellement impressionnée…Et là j’existais, j’existais." (Folie Douce, Radio-Canada, 2003)

Lorsqu'elle crée "Sous influences" pour les Francofolies de Montréal en juillet 2001, Diane invite son idole à la rejoindre, le temps d'un duo. La Javanaise n'aura jamais aussi bien porté son titre, tant leur interprétation ressemble à une danse, un moment d'amour où le temps semble s'arrêter. "De voir deux femmes, ces deux-là, se chanter les yeux dans les yeux cette chanson d'amour d'un autre temps avait quelque chose d'interdit." (Philippe Rezzonico, Le Journal de Montréal)


En 2007, elles se retrouveront pour une autre Javanaise, au cours d'un spectacle de Juliette Gréco, toujours aux Francofolies de Montréal. 

Jamais deux sans trois? Peut-être se retrouveront-elles une autre fois...ou peut-être que Diane Dufresne, sachant nous surprendre, choisira une autre perle de Gainsbourg à intégrer à son répertoire?

"J'étais amoureuse de tout ce qu'il fait...C'était un artiste incomparable..Y en aura jamais, un deuxième Gainsbourg..." (Folie Douce, Radio-Canada, 2003)

19/03/2011

Oxygène

La superbe pochette de l'unique maxi de Diane Dufresne, paru chez RCA France en 1983.

Écrite par Luc Plamondon et Germain Gauthier, Oxygène naît sur l'album Turbulences en 1982. Curieusement, au Québec, la chanson n'est pas choisie comme premier extrait de l'album. C'est La dernière enfance qui est lancée et qui annonce les couleurs new wave de ce qui va suivre.

Qu'importe, Oxygène deviendra instantanément une incontournable, et probablement celle que Diane chantera le plus souvent par la suite, l'insérant dans presque tous ses spectacles. Rapidement, Diane se servira de cette chanson, qui à la base mettait des maux sur l'oppression de la vie moderne, pour crier d'autres désespoirs, ceux de la dégradation de la planète. La chanson gardera toujours un côté exaltant, symbolisant aussi l'échange d'oxygène et d'énergie entre Diane et le public...et cette urgence de vivre et de se dépasser.

Réarrangés, réinventés, dépouillés, remixés et même symphonisés: les arrangements synthétiques du début en verront de toutes les couleurs au fil des années, accompagnant les différents personnages créés par son interprète.


Pour Hollywood (1982), la Dame de coeur essouffle son public et se pousse à bout en ne ménageant pas ses forces, sautillant sur une version hautement énergique de la chanson.


Pour Magie Rose (1984), c'est le coeur de tout un stade qui bat avec elle, au son d'une longue intro (indispensable à cette longue traîne de 200 mètres!)


Pour Follement vôtre (1986), Diane offre un vidéoclip surréaliste à Oxygène et réenregistre la chanson sur des arrangements légèrement aseptisés qui serviront de point de départ à la version du spectacle Top Secret.


Pour Symphonique n'Roll (1988), Diane prend les rennes d'un orchestre symphonique, rien de moins, et donne du panache à son désormais grand classique.


Pour Détournement majeur (1993), Oxygène, au milieu d'airs frais, soulève le Forum dans une version ultra électrique.


Au Gala Artis (2008), Diane retrouve le premier degré du texte et se met pour la première fois dans la peau de sa businesswoman...qui a toujours son lot de cris à expirer!


Pour Terre planète bleue (2008) et Sinéquanone (2010), les versions proposées se rapprochent du remix adopté depuis Merci (2000), mais avec un son plus organique qui sert le propos environnemental et le questionnement humain de Diane.

En conclusion, on peut dire que, si "comme tous les matins, le soleil se lève", chaque show de Diane Dufresne apporte une bonne dose d'oxygène!