Affichage des articles dont le libellé est (2008) Bouffes du Nord. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est (2008) Bouffes du Nord. Afficher tous les articles

16/02/2012

30 ans de Turbulences


En 1982, Diane Dufresne se trouvait au sommet de son succès populaire des deux côtés de l'Atlantique et son premier album depuis l'énorme succès de Striptease était très attendu. Enregistré entre Montréal et New York puis mixé à Los Angeles, Turbulences sortait il y a exactement 30 ans, soit le 16 février 1982. Une occasion en or de revisiter cet album incontournable de la discographie de Diane Dufresne.

(Photo: Jean-Claude Deutsch / Paris-Match)

Turbulences, à plus d'un égard, porte parfaitement son titre. D'abord, pour ce qu'il est: un voyage inconfortable dans les désordres modernes d'une femme qui traverse une mauvaise passe. Ou plus simplement, pour citer le gros titre du Devoir de l'époque: "Diane Dufresne en enfer". L'album s'ouvre sur la réflexion qu'elle se fait après sa propre mort et se termine par un suicide artistique. La mort domine (quand elle ne vole pas les derniers moments de lucidité de la grand-mère de La dernière enfance) et la vie brise les rêves de ses protagonistes (le vieux saxophoniste cubain qui se rappelle une gloire ensoleillée et la star partie pour la gloire qui souhaite fuir les spotlights pour la lumière du jour).

Le titre souligne également l'éclectisme musical de l'ensemble: Diane y épouse tous les genres, du rock à la ballade grand public, et fait ses premières incursions dans la musique new-wave, dont les sonorités commencent à s'imposer dans la culture populaire. Un éclectisme également souligné par le choix de textes: Plamondon en est le principal auteur, mais Diane s'ouvre à d'autres univers, et pas n'importe lesquels: ceux de Jonasz et Gainsbourg.

Et que dire de cette pochette turbulente, on ne peut plus années 80, dont la symbolique demeure aujourd'hui très mystérieuse et plutôt difficile à décoder...


Turbulences (Kébec-Disc KD 532 / RCA Victor TPL 37610)

A1 - Seule dans mon linceul

 (Pantin, 24 mars 1982)

"Seule, je suis seule, enfin seule..."  La solitude est un thème récurrent sur le disque, mais sur la chanson d'ouverture, elle est totale. La protagoniste a rendu l'âme et cette âme plane, observant au passage son ancien amoureux qui tente de refaire sa vie.
"Seule dans mon linceul" aura également l'honneur d'ouvrir deux shows-événements de Diane. D'abord, le méga show de Pantin, où Diane arrivera dans un cerceuil de verre, sa collerette multi-faces lui donnant plutôt l'air d'une vampire que d'une Dame de coeur. Et ensuite, Halloween, où Diane sortira d'une citrouille géante, métamorphosée en sorcière. On ne l'entendra plus jusqu'en 2001, où elle sera enfin dépoussiérée au Bal des Vampires.

A2 -  La dernière enfance

(Top Secret, septembre 1986)

Le premier single de Turbulences connaîtra un joli succès au Québec: il restera 19 semaines au palmarès et en atteindra la première place le 3 avril 1982. Peu surprenant, étant donné la mélodie irrésistible de la chanson. Sous un vernis électropop, le texte cache un terrible malheur: la perte de mémoire et d'autonomie. "La dernière enfance" permettra à Diane de créer des moments très forts sur scène. Qui peut oublier l'incroyable théâtre de marionnettes de Top Secret? Un époustoufflant moment de comi-tragédie.

A3 - Turbulences

(Photo: Pierre Dury)

La chanson-titre de l'album fera curieusement partie de celles qui passeront le plus inaperçues: Turbulences ne sera jamais ré-interprétée sur scène après la période d'exploitation de l'album. Dommage, car l'interprétation des deux rôles (la patiente et la psychiatre) devait prendre tout son sens sur scène et donner beaucoup de mordant à l'humour désespéré de la chanson.

A4 - Samedi soir


Ci-dessus, un passage de Diane à l'émission "Champs Elysées" du 27 mars 1982. Il s'agit d'une des rares fois (sinon l'unique) où elle aura offert une prestation de "Samedi soir"...mais quelle prestation! "Samedi soir", aux sonorités disco, n'aurait pas détonné sur l'album "Strip-tease", lancé 3 ans auparavant. La chanson, écrite par Luc Plamondon et mise en musique par Jacques Blais, raconte les désillusions d'une femme qui va "cruiser comme les hommes" seule dans les bars. Au final, elle fait même un clin d'oeil au premier gros hit de Diane "J'ai rencontré l'homme de ma vie".

A5 - Le vieux saxophoniste

(Hollywood, 28 octobre 1982)

Sur une mélodie plutôt joyeuse, la chanson raconte la déchéance d'un musicien dont le destin lui a fait "manquer le bateau". La chanson prendra vie sur scène lors d'un beau moment de complicité entre Diane et son saxophoniste lors du spectacle Hollywood.

B1 - Oxygène

(Symphonique n'Roll, 25 mars 1988)

Un classique qui n'a plus besoin de présentation!

B2 - Pour un ami condamné

(Magie Rose, 16 août 1984)

Écrite en hommage à son ami Claude Dubois (alors incarcéré pour possession et trafic de drogues), la chanson touche surtout à l'universel en rappelant l'importance des poètes et des artistes dans nos vies. "Dans Pour un ami condamné, ode à la liberté, elle ressort sa belle voix romantique du dimanche, la voix lumineuse de Ne tuez pas la beauté du monde ou encore celle de Laissez passer les clowns." (Nathalie Petrowski, Le Devoir, 27 février 1982)
Ci-dessus, un extrait de Magie Rose où Jacques Higelin interprète la chanson avec Diane. Un extrait mystérieusement tronqué du DVD officiel paru en 2004.

B3 - Good-bye Rocky


Cette "épitaffe pour un toffe" fut la première chanson retenue pour promouvoir l'album en France. Elle sera même retenue lors des spectacles au Cirque d'Hiver pour Dioxine de Carbone. "Good-bye Rocky" ne sortira pas au Québec et le fait qu'elle ne soit jamais ré-éditée par la suite ne contribuera pas à la sortir de l'ombre. Suite textuelle logique de "Rock pour un gars d'bicyc'", ses thèmes ne sont pas nouveaux, mais ses arrangements rock "old school" sont assez différents de ce que Diane avait fait par le passé et sont sans doute ceux qui rappellent le plus qu'une partie de l'album fut réalisée aux Etats-Unis.

B4 - Partir pour la gloire

(Bouffes du Nord, novembre 2008)

Un des derniers bijoux de Luc Plamondon offerts à Diane et celui qui lui ira encore mieux des années plus tard, lorsqu'elle retrouvera la chanson pour Plurielle et sa tournée Effusions en France. Ci-dessus, une vidéo amateur enregistrée aux Bouffes du Nord en novembre 2008.

B5 - La toune qui groove 



"Une chanson un petit peu légère" comme le résume Michel Jonasz pour "Folie Douce" en 2004, mais quand même importante car elle marque l'arrivée de Jonasz dans l'univers Dufresne. Il lui écrira rapidement "J'vieillis" qu'elle n'osera pas chanter avant 1993. Entre temps, elle reprendra deux de ses chansons en guise de clôture de deux de ses shows les plus importants: "J'veux pas que tu t'en ailles" (pour Halloween) et "Je voulais te dire que je t'attends" (pour Magie Rose). Plus récemment, une autre reprise de Jonasz, "Changez tout", servait de message final à Sinéquanone.

B6 - Suicide


Coup de génie de Gainsbourg, il est étonnant que Suicide n'ait jamais connu de sortie officielle. La chanson trouvera néanmoins sa place en face B de l'insolite 45-tours promotionnel de "Good-bye Rocky" servant à la promotion de la RATP (la régie autonome des transports parisiens) et deviendra évidemment culte avec les années.

Turbulences n'a toujours pas eu droit à une ré-édition digitale, mais au fil des années, plusieurs de ses pièces se sont éparpillées sur diverses compilations. Sur les 11 chansons de l'album, 6 se sont retrouvées sur la première anthologie CD de Diane, parue en 1991. Plus récemment, "La dernière enfance" et "Oxygène" ont été retenues par Luc Plamondon sur son anthologie de 2010, "J'aurais voulu être un artiste". Les 5 autres n'ont (à ce jour) jamais quitté leurs sillons de vinyle...

10/12/2011

Plurielle

(Photo: Jean-François Bérubé)

Le 11 février 2006, à la salle Maurice O'Bready de Sherbrooke, Diane Dufresne donne la première représentation de son nouveau spectacle Plurielle. Sa tournée sera moins longue que pour "En liberté conditionnelle" et ne passera pas par la France, mais elle fera quand même le tour du Québec pendant la première moitié de 2006 et le temps de quelques supplémentaires début 2007.

Écrit et mis en scène par Diane Dufresne elle-même, Plurielle se veut une représentation en 4 tableaux. 4 tableaux distincts, ou plutôt, 4 shows rassemblés qui, à l'instar d'Hollywood/Halloween, permettent de présenter avec richesse les différentes facettes de l'artiste. Un concept qui permet également de lui donner un nouveau souffle. "C'est drôle, je l'ai constaté les fois qu'on a fait le show pour le roder (à Sherbrooke, à Terrebonne, à Beloeil), ça me demande moins de souffle que dans un show suivi comme En liberté conditionnelle. Ça roule vite, mais le fait de changer de personnage me redonne du souffle. J'ai droit à quatre souffles!" ("Quatre fois singulière", Le Devoir, 11 mars 2006)

Entourée de 5 solides musiciens (dont Alain Sauvageau qui assure la direction musicale et les arrangements), Diane peut également compter sur une équipe technique à la hauteur de son concept. Richard Langevin assure la scénographie et imagine avec elle le pendant vidéographique essentiel à l'ensemble.

(Photo: Martin Chamberland / La Presse)

(Photo: L'Acadie Nouvelle / Archives)

Pour le premier tableau intitulé "Romantisme et nostalgie", Diane assume son rôle de Star dans toute sa splendeur: robe extravagante (créé par Mario Davignon) et clins d'oeil à sa longue histoire d'amour avec son public. Elle revisite une partie de son répertoire des années Plamondon dans un medley qui permet de donner à ces chansons mythiques une nouvelle pertinence. Sont ingénieusement projetés sur un pan de sa robe d'inoubliables extraits d'archives et aussi plusieurs images du public, fidèle participant de ses shows. Le tableau met également de l'avant de magnifiques chansons plus récentes écrites par Diane et permet de présenter la toute nouvelle "Partager les anges", bouleversante, dans des arrangements moins dépouillés que ceux de l'album qui va suivre.

(Photo: Jacques Grenier / Le Devoir)

Pour le deuxième tableau, Diane retrouve l'univers de Kurt Weill "pour tous les gens qui n’ont pas vu ce beau spectacle*". Avec la complicité de ses musiciens, elle transforme la scène en cabaret berlinois et se glisse dans la peau de différentes héroïnes d'opéras de Kurt Weill et Bertold Brecht: tour à tour insolente et touchante, toujours fascinante.

Le troisième tableau nous ramène en pleine actualité, ou plutôt, en plein désespoir planétaire. Les nouvelles chansons engagées de Diane (et l'éternel Locataire) prennent tout leur sens et ses interprétations nous plongent en pleine urgence. "Et on en a pris plein la gueule: Diane, en robe camouflage, a incarné successivement la planète même (par le truchement d'une sorte d'éventail déplié servant à la fois de jupe et de planète), puis une mère poussant un landau (l'éventail replié), puis un sans-abri poussant son cabas à roulettes. Trésors d'invention pour un message porteur." ("Diane Dufresne au Monument-National - Diva, putain, militante, folle... et entière!", Sylvain Cormier, Le Devoir, 17 mars 2006)


Avec Alain Sauvageau (Source)

3 superbes photos à découvrir sur le site du photographe Yvan Couillard

Pour le quatrième et dernier tableau, Diane donne une place de choix à un thème qui lui est cher et qui a souvent habité son oeuvre: la folie."J’ai souvent chanté la folie, mais cette fois-ci, j’ai envie de l’aborder sous un angle positif. Par son côté créateur, disons." (*Diane Dufresne - Réinventée, Voir, 9 mars 2006)
Entre poète d'une autre époque et prince perdu, Diane interprète Nelligan et Bélanger avec une bouleversante justesse dans laquelle se révèle une tendresse qui amène de l'espoir "au bout du long couloir". 

Tel un cadeau, Diane terminera le spectacle en offrant "Les coeurs tendres" de Jacques Brel (ci-dessous interprétées à Paris en 2008). Un vrai bonheur et un habile moyen de boucler la boucle d'un spectacle devant lequel "le spectateur ne peut que s'incliner devant le métier démontré par celle qui demeure l'une des grandes artistes qu'ait connues le Québec." ("Diane Dufresne au pluriel", Benoît Leblanc, Le Courrier de Laval, 17 février 2007)


Premier tableau: Il n'y a pas de hasard / Partager les anges / Les dessous chics / Medley: Hollywood Freak, Les adieux d'un sex-symbol, On fait tous du show-business, Partir pour la gloire, Ma vie c'est ma vie / Deuxième tableau: Mack The Knife / Bilbao Song / La chanson de Barbara / Surabaya Johnny / La fiancée du pirate / Troisième tableau: Oxygène (instrumentale) / Le locataire / Mille et une nuits / Mauvais quart d'heure / L'été n'aura qu'un jour / Quatrième tableau: Chopin, Prélude n°4 / Hymne à la beauté du monde / Le 304 / Le parc Belmont (partie) / Au bout d'un long couloir / Dis tout sans rien dire / Soirs d'hiver (instrumentale) / Les coeurs tendres

29/06/2011

Initials D.D.

  DD & SG en 1982, lors du tournage de "Enquête sur une vie d'artiste"

Deux géants qui partagent un goût de la provocation et une envie de faire sortir la chanson française de son cadre...Deux âmes qui devaient se rencontrer et travailler ensemble: Diane Dufresne et Serge Gainsbourg, une voix et une écriture atypiques, deux artistes de génie.

En 1982, Gainsbourg lui écrit un texte très violent au titre original de "L'ombre des stars", où une star finit par être lynchée par son public. Dufresne pousse la provocation encore plus loin en lui demandant de l'écrire au "je"...et la chanson se retrouvera sur Turbulences, sous le nom de Suicide.


Les arrangements de Claude Engel se rapprochent davantage de Love on the beat, que de Mauvaises nouvelles des étoiles, le précédent album de Gainsbourg, et donnent à Turbulences un son lourd et très différent des autres chansons qui y figurent.  Malgré un humour on ne peut plus acide, Suicide est une des chansons les plus sombres de Diane Dufresne. Comme si le texte n'était pas assez effrayant, les cris qu'elle pousse à la fin de la chanson glacent le sang!

En 1982, un téléfilm sur Gainsbourg réalisé par Pierre Desfons est diffusé sur Antenne 2. Intitulé "Enquête sur une vie d'artiste", ce portrait mi-documentaire, mi-fiction, met en scène un enquêteur (Gérard Lanvin) sur les traces du parcours de Gainsbarre, avec au détour, extraits d'archives et caméos de son entourage. Diane y apparaît et évidemment, interprète Suicide.

"Avec elle, ça s’est fait en moins d’une journée. Elle était très drôle, vraiment excentrique, comme elle pouvait l’être à l’époque. Elle était venue avec plusieurs personnes comme elle, un peu « jetées », mais elle faisait tout ce qu’on lui demandait sans aucun problème, et elle n'a rien remis en cause, vu que c'était Serge..." (Pierre Desfons, interviewé par le site "Tête de chou", octobre 2008)


Plus tard dans l'année, son interprétation sur scène lors du spectacle Halloween, où elle se débat dans une toile d'araignée, marque à jamais les spectateurs ayant eu la chance d'assister à ce délire cauchemardesque. Diane ne réinterprètera Suicide qu'en 2001...pour l'Halloween, à son Bal des vampires.

En 1986, Diane retrouve l'univers de Gainsbourg le temps d'une reprise: Les dessous chics, pour son spécial télévisé (et disque du même nom) Follement vôtre. Les arrangements musicaux ne sont pas si différents de la version originale de Jane Birkin, mais ils ajoutent un côté froid et un peu malsain au texte troublant de Gainsbourg.

DD dans son vidéoclip pour Les dessous chics

Alors qu'on la croyait rangée dans le tiroir des chansons jamais interprétées sur scène, Diane la chante en 2006 pendant sa tournée Plurielle, dans des arrangements plus dépouillés qui font ressortir son interprétation, encore plus troublante qu'à l'époque. Elle l'intégrera également à la setlist de ses spectacles en France pour Effusions, en 2008, seule avec le pianiste Gérard Daguerre.

Ci-dessous, un enregistrement amateur, mais qui ne diminue en rien l'intensité de l'interprétation de Diane:


Une troisième chanson de Gainsbourg se greffe au répertoire de Diane en 2001: La Javanaise, qu'elle interprètera à deux reprises avec Juliette Gréco.

"Quand j’étais jeune, je me disais : "j’existerai en tant que chanteuse quand Juliette Gréco aura vu mon show"… Quand j’ai fait Réservé à Ramatuelle…je vois dans la première rangée en avant, en plein centre, Juliette Gréco. J’ai été tellement impressionnée…Et là j’existais, j’existais." (Folie Douce, Radio-Canada, 2003)

Lorsqu'elle crée "Sous influences" pour les Francofolies de Montréal en juillet 2001, Diane invite son idole à la rejoindre, le temps d'un duo. La Javanaise n'aura jamais aussi bien porté son titre, tant leur interprétation ressemble à une danse, un moment d'amour où le temps semble s'arrêter. "De voir deux femmes, ces deux-là, se chanter les yeux dans les yeux cette chanson d'amour d'un autre temps avait quelque chose d'interdit." (Philippe Rezzonico, Le Journal de Montréal)


En 2007, elles se retrouveront pour une autre Javanaise, au cours d'un spectacle de Juliette Gréco, toujours aux Francofolies de Montréal. 

Jamais deux sans trois? Peut-être se retrouveront-elles une autre fois...ou peut-être que Diane Dufresne, sachant nous surprendre, choisira une autre perle de Gainsbourg à intégrer à son répertoire?

"J'étais amoureuse de tout ce qu'il fait...C'était un artiste incomparable..Y en aura jamais, un deuxième Gainsbourg..." (Folie Douce, Radio-Canada, 2003)