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23/03/2012

La femme à trois faces





Ci-dessus, des photos de Diane Dufresne et du génie créateur de l'incroyable robe-miroir, Loris Azzaro, prises par Bernard Charlon le 23 mars 1982, la veille du méga concert à l'Hippodrome de Paris, Porte de Pantin. Une photo de la session d'essayage se trouve sur le site de l'agence Gamma, ici.

Le lendemain, 6000 personnes attendent Diane sous le méga chapiteau. Un public qui, contrairement au public québécois, aura mis du temps à jouer le jeu du déguisement, mais qui semble maintenant conquis d'avance. "Une soirée fascinante sur la scène comme dans le public, qui se dresse, danse, hurle, réclame encore et toujours. Diane remercie et félicite ceux et celles qui se sont déguisés pour lui ressembler (il y avait notamment une mariée)..." ("Diane Dufresne: l'ouragan du Québec", France-Soir, 26 mars 1982)

Le public ne sera pas déçu: Diane leur offrira un show unique, présentant les chansons de Turbulences tout en revisitant quelques parties de "J'me mets sur mon 36".  Elle terminera son show en simple peignoir pour offrir une version acapella de "Fascination", qu'elle n'endisquera que 4 ans plus tard.

16/02/2012

30 ans de Turbulences


En 1982, Diane Dufresne se trouvait au sommet de son succès populaire des deux côtés de l'Atlantique et son premier album depuis l'énorme succès de Striptease était très attendu. Enregistré entre Montréal et New York puis mixé à Los Angeles, Turbulences sortait il y a exactement 30 ans, soit le 16 février 1982. Une occasion en or de revisiter cet album incontournable de la discographie de Diane Dufresne.

(Photo: Jean-Claude Deutsch / Paris-Match)

Turbulences, à plus d'un égard, porte parfaitement son titre. D'abord, pour ce qu'il est: un voyage inconfortable dans les désordres modernes d'une femme qui traverse une mauvaise passe. Ou plus simplement, pour citer le gros titre du Devoir de l'époque: "Diane Dufresne en enfer". L'album s'ouvre sur la réflexion qu'elle se fait après sa propre mort et se termine par un suicide artistique. La mort domine (quand elle ne vole pas les derniers moments de lucidité de la grand-mère de La dernière enfance) et la vie brise les rêves de ses protagonistes (le vieux saxophoniste cubain qui se rappelle une gloire ensoleillée et la star partie pour la gloire qui souhaite fuir les spotlights pour la lumière du jour).

Le titre souligne également l'éclectisme musical de l'ensemble: Diane y épouse tous les genres, du rock à la ballade grand public, et fait ses premières incursions dans la musique new-wave, dont les sonorités commencent à s'imposer dans la culture populaire. Un éclectisme également souligné par le choix de textes: Plamondon en est le principal auteur, mais Diane s'ouvre à d'autres univers, et pas n'importe lesquels: ceux de Jonasz et Gainsbourg.

Et que dire de cette pochette turbulente, on ne peut plus années 80, dont la symbolique demeure aujourd'hui très mystérieuse et plutôt difficile à décoder...


Turbulences (Kébec-Disc KD 532 / RCA Victor TPL 37610)

A1 - Seule dans mon linceul

 (Pantin, 24 mars 1982)

"Seule, je suis seule, enfin seule..."  La solitude est un thème récurrent sur le disque, mais sur la chanson d'ouverture, elle est totale. La protagoniste a rendu l'âme et cette âme plane, observant au passage son ancien amoureux qui tente de refaire sa vie.
"Seule dans mon linceul" aura également l'honneur d'ouvrir deux shows-événements de Diane. D'abord, le méga show de Pantin, où Diane arrivera dans un cerceuil de verre, sa collerette multi-faces lui donnant plutôt l'air d'une vampire que d'une Dame de coeur. Et ensuite, Halloween, où Diane sortira d'une citrouille géante, métamorphosée en sorcière. On ne l'entendra plus jusqu'en 2001, où elle sera enfin dépoussiérée au Bal des Vampires.

A2 -  La dernière enfance

(Top Secret, septembre 1986)

Le premier single de Turbulences connaîtra un joli succès au Québec: il restera 19 semaines au palmarès et en atteindra la première place le 3 avril 1982. Peu surprenant, étant donné la mélodie irrésistible de la chanson. Sous un vernis électropop, le texte cache un terrible malheur: la perte de mémoire et d'autonomie. "La dernière enfance" permettra à Diane de créer des moments très forts sur scène. Qui peut oublier l'incroyable théâtre de marionnettes de Top Secret? Un époustoufflant moment de comi-tragédie.

A3 - Turbulences

(Photo: Pierre Dury)

La chanson-titre de l'album fera curieusement partie de celles qui passeront le plus inaperçues: Turbulences ne sera jamais ré-interprétée sur scène après la période d'exploitation de l'album. Dommage, car l'interprétation des deux rôles (la patiente et la psychiatre) devait prendre tout son sens sur scène et donner beaucoup de mordant à l'humour désespéré de la chanson.

A4 - Samedi soir


Ci-dessus, un passage de Diane à l'émission "Champs Elysées" du 27 mars 1982. Il s'agit d'une des rares fois (sinon l'unique) où elle aura offert une prestation de "Samedi soir"...mais quelle prestation! "Samedi soir", aux sonorités disco, n'aurait pas détonné sur l'album "Strip-tease", lancé 3 ans auparavant. La chanson, écrite par Luc Plamondon et mise en musique par Jacques Blais, raconte les désillusions d'une femme qui va "cruiser comme les hommes" seule dans les bars. Au final, elle fait même un clin d'oeil au premier gros hit de Diane "J'ai rencontré l'homme de ma vie".

A5 - Le vieux saxophoniste

(Hollywood, 28 octobre 1982)

Sur une mélodie plutôt joyeuse, la chanson raconte la déchéance d'un musicien dont le destin lui a fait "manquer le bateau". La chanson prendra vie sur scène lors d'un beau moment de complicité entre Diane et son saxophoniste lors du spectacle Hollywood.

B1 - Oxygène

(Symphonique n'Roll, 25 mars 1988)

Un classique qui n'a plus besoin de présentation!

B2 - Pour un ami condamné

(Magie Rose, 16 août 1984)

Écrite en hommage à son ami Claude Dubois (alors incarcéré pour possession et trafic de drogues), la chanson touche surtout à l'universel en rappelant l'importance des poètes et des artistes dans nos vies. "Dans Pour un ami condamné, ode à la liberté, elle ressort sa belle voix romantique du dimanche, la voix lumineuse de Ne tuez pas la beauté du monde ou encore celle de Laissez passer les clowns." (Nathalie Petrowski, Le Devoir, 27 février 1982)
Ci-dessus, un extrait de Magie Rose où Jacques Higelin interprète la chanson avec Diane. Un extrait mystérieusement tronqué du DVD officiel paru en 2004.

B3 - Good-bye Rocky


Cette "épitaffe pour un toffe" fut la première chanson retenue pour promouvoir l'album en France. Elle sera même retenue lors des spectacles au Cirque d'Hiver pour Dioxine de Carbone. "Good-bye Rocky" ne sortira pas au Québec et le fait qu'elle ne soit jamais ré-éditée par la suite ne contribuera pas à la sortir de l'ombre. Suite textuelle logique de "Rock pour un gars d'bicyc'", ses thèmes ne sont pas nouveaux, mais ses arrangements rock "old school" sont assez différents de ce que Diane avait fait par le passé et sont sans doute ceux qui rappellent le plus qu'une partie de l'album fut réalisée aux Etats-Unis.

B4 - Partir pour la gloire

(Bouffes du Nord, novembre 2008)

Un des derniers bijoux de Luc Plamondon offerts à Diane et celui qui lui ira encore mieux des années plus tard, lorsqu'elle retrouvera la chanson pour Plurielle et sa tournée Effusions en France. Ci-dessus, une vidéo amateur enregistrée aux Bouffes du Nord en novembre 2008.

B5 - La toune qui groove 



"Une chanson un petit peu légère" comme le résume Michel Jonasz pour "Folie Douce" en 2004, mais quand même importante car elle marque l'arrivée de Jonasz dans l'univers Dufresne. Il lui écrira rapidement "J'vieillis" qu'elle n'osera pas chanter avant 1993. Entre temps, elle reprendra deux de ses chansons en guise de clôture de deux de ses shows les plus importants: "J'veux pas que tu t'en ailles" (pour Halloween) et "Je voulais te dire que je t'attends" (pour Magie Rose). Plus récemment, une autre reprise de Jonasz, "Changez tout", servait de message final à Sinéquanone.

B6 - Suicide


Coup de génie de Gainsbourg, il est étonnant que Suicide n'ait jamais connu de sortie officielle. La chanson trouvera néanmoins sa place en face B de l'insolite 45-tours promotionnel de "Good-bye Rocky" servant à la promotion de la RATP (la régie autonome des transports parisiens) et deviendra évidemment culte avec les années.

Turbulences n'a toujours pas eu droit à une ré-édition digitale, mais au fil des années, plusieurs de ses pièces se sont éparpillées sur diverses compilations. Sur les 11 chansons de l'album, 6 se sont retrouvées sur la première anthologie CD de Diane, parue en 1991. Plus récemment, "La dernière enfance" et "Oxygène" ont été retenues par Luc Plamondon sur son anthologie de 2010, "J'aurais voulu être un artiste". Les 5 autres n'ont (à ce jour) jamais quitté leurs sillons de vinyle...

22/04/2011

Dame de coeur


Le 24 mars 1982, à l'Hippodrome de Paris (Porte de Pantin), Diane interprète ses Turbulences pour la toute première fois. Elle arrive sur scène dans un cercueil de verre, acclamée par 6000 personnes dès les premières notes de "Seule dans mon linceul". Le public québécois n'aura pas la chance de voir ce spectacle, mais il ne sera pas en reste: les 28 et 29 octobre, Diane lui offre "Hollywood/Halloween", ou "Dame de coeur/Dame de pique", au Forum de Montréal. Deux spectacles totalement différents (ou un long spectacle entrecoupé d'un entracte de 24 heures, selon le point de vue...) Spectacles de contrastes, de lumière et de noirceur, de rêve et de cauchemar.

La femme à 3 têtes photographiée par Bernard Chalon (Paris-Match, juin 1982) 

Pour Hollywood, Diane revêt une nouvelle fois sa spectaculaire robe-miroir, créée par Loris Azzaro. Une robe légendaire qui, selon le biographe Gaëtan Racine, nécessita pas moins de 160 heures de travail! Non seulement sa collerette offre 3 têtes à la chanteuse, mais son ingénieuse conception lui permet des changements de costume, morceau par morceau.

 "Comme dit la chanson, l'important c'est de sauver la face...
Ce soir, grâce à mon costume, j'en ai plusieurs!"

Hollywood présente une Diane toute en lumière, jouant son "rôle de star" jusqu'au bout, rendant hommage au cinéma, au glamour du nightclub et surtout, au public, dont les rêves l'inspirent et la poussent à lui montrer des étoiles. Le ton est donné dès l'ouverture, avec la chanson On fait tous du show-business (qui sera également reprise en fin de spectacle), où les spectateurs admirent la star qui se trouve face à eux, alors que celle-ci admire tout autant ceux qui se trouvent devant elle. 


Au programme, grands classiques de la première décennie discographique de la chanteuse, reprise qui donne des frissons (Somewhere over the rainbow) et quelques chansons de Turbulences (qui sera surtout mis en valeur le lendemain, pour Halloween). Des moments de grâce, des flashs qui émerveillent, avec un certain fond de mélancolie et évidemment, une bonne touche de rock. 


Au final, Diane apparaît en ballerine de boîte à bijoux, tournant sur elle-même jusqu'au tout dernier spotlight. Une douce berceuse avant le cauchemar que sera la suite, le lendemain.


On fait tous du show-business / Hollywood Freak / Alys en cinémascope / Somewhere over the rainbow / Striptease / Le vieux saxophoniste / Partir pour la gloire / Les adieux d'un sex-symbol / En écoutant Elton John / Oxygène / Actualités / Hymne à la beauté du monde / Le parc Belmont / On fait tous du show-business (reprise) / Berceuse pour un homme